vendredi 23 octobre 2015

Journal - 22 octobre 2015

          Bilan de la journée, une attaque au couteau ce matin à Beth Shemesh qui a fait un blessé léger mais qui aurait pu être beaucoup plus grave, deux terroristes ayant heureusement sans succès tenté de rentrer dans un synagogue. On a aussi appris que le terroriste du dernier attentat d'hier était en réalité un juif de Jérusalem, il s'est passé quelque chose d'assez bizarre selon les premiers éléments de l'enquête notamment qu'il avait tenté de s'emparer de l'arme d'un des soldats de garde, ils ont alors tiré sur lui.

          Ce n'est pas la première erreur dramatique des forces de sécurité cette semaine...Dimanche soir lors de l'attentat de Beer-Sheva, au cours duquel le soldat Omri Levi, a été tué, les forces de sécurité ont tiré par erreur sur Habtom Zarhom, demandeur d'asile érythréen. Lundi, j'écrivais à une amie mon émotion et mes questionnements.
"Notre société elle-même est tristement malade, la question de savoir s'il faut ou non tuer le terroriste me tourmente, et la multiplication du port d'arme, les citoyens qui font justice eux mêmes, tout cela a amené à un drame lors de l'attentat d'hier, drame, si un attentat en lui même c'est pas déjà un drame. Un terroriste a réussi à tirer sur un soldat, l'a tué puis, s'est emparé de son arme et a tiré sur d'autres soldats, lorsque la police est arrivée elle a cru qu'il y avait deux terroristes et a tiré sur un erythréen par erreur. A terre, les gens autour se sont acharnés sur lui, et l'ont véritablement lynché, croyant que c'était un terroriste (mais même si il avait été terroriste ???), quand la police c'est rendu de son erreur c'était trop tard, ses blessures étaient tellement grave qu'il est mort dans la nuit." L'enquête s'est poursuivie depuis dimanche, ceux qui ont participé au lynchage ont été arrêté, le rapport de l'autopsie affirme que la mort de Habtom Zarhom était la conséquence des tirs. Sans commentaire...
Quelques jours plus tôt, j'avais lu cet article qui éclairait quelque peu les choses : http://fr.timesofisrael.com/comment-le-jugement-dune-menace-est-interprete-par-les-policiers-et-les-internautes/
Et maintenant je rapporte une voix différente, celle qui dit qu'il faut tuer le terroriste, le tuer car il est ensuite soigné et vis en prison à nos frais, (argument moyen je trouve à vrai dire, d'autres criminels aussi sont en prison à nos frais). L'autre argument est certainement plus problématique, il n'est pas rare que des terroristes soient libérés au cours d'un accord d'échange, le dernier en date, c'est l'échange contre le soldat Guilad Shalit, des terroristes ont été libérés et n'ont pas attendus longtemps avant de participer à de nouveaux attentats...Et puis, un terroriste ne te demande pas si tu es de droite ou de gauche avant de lever son arme sur toi, il ne te demande pas si tu es monté sur le mont du temple, si tu es raciste ou humaniste, non, il tue et veut tuer le plus de personnes possible et est prêt à mourir pour cela.
 
Avec tout ces évènement en tête, je pars vers mon atelier ce matin, à pieds comme à mon habitude. Sur la route, une camionnette s'arrête à ma hauteur et deux hommes, qui de faciès et d'accent avaient l'air arabe, m'ont demandé une indication de chemin, et alors que je commençais à saisir leur demande et répondre à leur question, la peur s'est emparée de moi. Si jamais ils étaient terroristes ? Si jamais ils ne me demandaient leur chemin que pour détourner l'attention et qu'ils vont sortir une arme et tirer ? Car cela est déjà arrivé, l'été dernier à Gaza, un soldat à qui un arabe a demandé de l'aide a été piégé et a été tué par une bombe.

Malgré tout cela, je dois me raisonner, reprendre le bus et aller me changer les idées. Il y avait ce soir une soirée organisée par "Pashout sharim" ce qui veut dire, "Simplement chanter". J'avais déjà été il y a quelques années à ce genre d'évènement, juifs et arabes, chantent ensemble des chansons israéliennes, des chansons arabes et les interventions sont dites dans les deux langues. C'était très beau. Ce soir, c'était assez restreint du côté arabe, effectivement ambitieux pour eux de faire la queue aux check-points qui ferment leur quartier, mais quand les terroristes viennent de ces mêmes quartiers, que faire ? Malgré tout, la soirée était très belle, on voit que la rentrée étudiante est passée, l'espace était rempli de jeunes qui dès la première note de musique se sont levés pour danser. Il y a eu aussi un temps des anti-co-existence entre juifs et arabes qui ont crié contre, mais le public a décidé de crier plus fort qu'eux des encouragements aux artistes sur scènes et ont étouffé leur slogans. Finalement, ils sont partis assez rapidement. 

J'ai dansé moi aussi, je me suis rarement autant laissé entraînée par la musique, un peu euphorique, j'avais réussi à braver mes peurs pour un soir. 
Et en dansant cette danse de liberté, je pensais aussi aux morts, à ceux de cette semaine, de la semaine d'avant et ceux d'il y a quelques mois, aux blessés dans les hôpitaux et plus j'y pensais plus je sautais et me laissais portée par la danse et la musique. 
J'étais debout et c'était mon hommage à la vie.

mercredi 21 octobre 2015

Journal - 21 octobre 2015

Depuis plusieurs semaines maintenant la vague d'attentat, la troisième intifada a commencé. J'ai ainsi longtemps gardé pour moi tout ce que je vivais, entendais, lisais mais comme finalement j'ai beaucoup de choses à dire, j'ai décidé de les écrire. Déjà sur les semaines passées et sur ce début de semaine en particulier j'ai beaucoup de choses à dire mais je ne veux pas revenir en arrière, peut être que cela transparaîtra dans les prochains billets. Les textes sont écrits donc sur le vif.

Le 21 octobre 2015 se termine dans quinze minute et il y a eu 5 attentats aujourd'hui, le dernier il y a quelques minutes, attentat à la voiture bélier, attentat à l'arme blanche, jets de pierre puis voiture bélier, plusieurs blessés dans un état grave aujourd'hui, d'autres blessés moyens ou légers. Les terroristes ont été tués ou blessés au cours de l'attentat. Une roquette tirée depuis Gaza qui a attérit  à moins d'un kilomètre de la frontière sans faire de blessés. C'est devenu notre quotidien ici, on en devient moins émotionnellement touché, car il faut que la vie continue aussi.

Ce matin, je me suis réveillée indignée par les propos débiles de Netanyahou qui a dit qu'Hitler n'avait pas l'intention d'exterminer les juifs mais que cela lui avait été soufflé par le mufti de Jérusalem. Même s'il s'est rendu compte de sa connerie et est revenu sur ses propos dans la journée, le mal est fait. C'est là que je lis une réflexion sur Facebook, disant que tout d'un coup, certains personnes dans nos contact s'empressent de relayer cette grosse boulette de Bibi, tiens le moyen-orient les intéresse toujours dit-il, pourtant on n'a pas lu d'autres réactions pendant trois semaines, lors d'attentats meurtriers et aveugles, lors d'émeutes ? Etrange non ?

Aujourd'hui, j'ai parlé avec quelqu'un qui m'a dit de ne pas changer mes habitudes, de continuer à faire les courses au shouk, de continuer à sortir et de ne pas avoir peur parce qu'il y a des policiers et militaires partout. Jusqu'à présent j'avais décider de sortir très peu, juste le nécessaire et l'indispensable. Ce week-end, je dois aller à Tel-Aviv, prendre le bus, aller à a la gare central, ce ne sera pas des moments facile, mais c'est décider, j'irai à Tel-Aviv.

Aujourd'hui j'ai lu ce texte sur Facebook, que je traduis de l'hébreu, lui même traduit de l'arabe, c'est un groupe d'israéliens qui a décidé de traduire des statuts de pages populaires de Jérusalem-Est.
עמוד 'בית חנינא-ירושלים':
"אחרי השהיד émoticône frown משהו חסר בכל מקום. ספה שתישאר ריקה זמן רב. כיסא פחות בשולחן ארוחת הערב. מושב ריק במכונית. קול מת בבית. ערוץ בטלוויזיה שכבר לא יהיה פתוח. מיטה שאף אחד כבר לא יישן עליה. ספרים ומחברות שיישארו סגורים. בגדים שאף אחד לא ילבש. אחרי השהיד נוצר חלל גדול ששום דבר אף פעם לא ימלא. גם אם מיליון אנשים ינסו להשלים את החסר, החלל ישאר כמו שהוא.
אבל למרות כל זה, המולדת ראויה שנקריב בשבילה ואל-אקצא ראוי לעוד ועוד מרוחנו ונשמתנו, מילדינו ואחינו."
 Page "Beit Hanina - Jérusalem"
Après la mort d'un mort d'un martyre, quelque chose manque dans chaque endroit. Un canapé qui restera vide pendant longtemps, une chaise en moins à la table du repas du soir, un siège vide dans la voiture. Une voix morte dans la maison. La télévision qui ne sera plus allumée. Un lit sur lequel personne n'ira plus dormir. Des livres et des cahiers qui resteront fermés. Des habits que plus personne ne mettra. Après un martyre, il reste un grand vide que jamais rien ne pourra remplir. Même si des millions de personnes essaient de compléter ce qu'il manque, le vide restera vide. Mais, en dépit de tout cela, la patrie vaut qu'on se sacrifie pour elle et Al-Aqsa vaut, encore et encore, de nos esprit et nos âmes de nos enfants et de nos frères.
Voilà comme si on ne le savait pas déjà, la perte d'un être cher est aussi douloureuse pour les israéliens que pour les palestiniens, que les israéliens sont aussi prêts à se sacrifier pour protéger leur pays. La différence étant que nous ne pensons pas que nos morts sont des martyrs, et nous n'entraînons pas nos enfants à devenir des martyrs, ce ne sont pas des terroristes dont le seul but dans la vie c'est de tuer des juifs. La vie est dans le judaïsme plus forte et plus importante que la mort, "tu choisiras la vie" dit la Bible.

Aujourd'hui, j'ai entendu parlé à la radio le Rav Cherki qui disait que lorsqu'il y a des attentats, il faut s'entraîner au krav maga et au self defense et renforcer notre souveraineté, mais qu'étudier la Torah n'était pas la réponse adéquat en cas d'attentat. Bon pour moi, ça coule sous le sens, mais pour des personnes ayant la foi c'est assez révolutionnaire.  

Aujourd'hui, j'ai avancé et reculé aussi dans mon travail personnel, mon métier demande beaucoup de patience, mais des fois, c'est dur de résister, et d'attendre, alors, je brûle les étapes et finalement, ça détruit mon travail. Mais voilà, on apprend tous les jours.

mardi 25 août 2015

Cinq ans

Un an en Israël s'est transformé en cinq, déjà...

       Le 25 août 2010, après une formation de deux ans en bijouterie, c'était une envolée vers de nouveaux défis, un nouvel inconnu, pas absolument sûre de mon choix il faut bien l'admettre, mais une intuition profonde, l'envie d'un avenir meilleur, pour moi et pour mes enfants qui ne sont pas encore nés.

      Le 25 août 2015, c'est une journée de travail routinière dans l'entreprise de bijouterie où je travaille depuis trois ans et demi, un concert de jazz en hommage à Yedidia Admor, un compositeur israélien qui m'était encore inconnu cinq minutes avant le concert. Parce que parfois quand on ne veut pas rester seul chez soi, on sort vers l'inconnu, prêt à toute surprise et éventualité. Une éventuelle proposition de shidduch (chouette !). L'envie de rejouer de la flûte. L'achat d'un nouveau lit pour remplacer celui acheté d'occasion il y a quatre ans, pour embellir aussi mon studio dans lequel j'ai appris à prendre mes repères mais que je peux devoir quitter avec un mois de préavis parce que le propriétaire veut faire de gros travaux.

La langue est apprise et comprise, la culture commence à rentrer aussi. Au début, je me faisais avoir sans le savoir, après je me suis rendue compte que je me faisais avoir, maintenant non seulement je le sais mais je ne me laisse plus faire et crie plus fort, enfin, pas encore toujours faut l'avouer quand même, c'est pas si simple.

Toujours être payé des clopinettes, c'est à dire moins que le SMIC horaire en France, mais avoir réussi par ma détermination à faire fléchir mon patron au cours de la première vraie négociation de ma vie pour qu'il accède à ma demande d'augmentation et de temps partiel. S'installer dans un espace atelier dédié à mon travail et mes créations en dehors de la maison. Etre exposée dans une boutique de design hyérosolomitain.

Déménager deux fois, toujours à Jérusalem, (pourquoi Jérusalem, d'ailleurs, je n'ai toujours pas de réponse à cette question). Ce n'est pas beaucoup deux fois, finalement, mais ce n'est que maintenant que je commence à ne plus me sentir étrangère à ces lieux. Apprivoiser cet environnement, ces pierres, cela me prend du temps, beaucoup de temps. Cette sensation de bien être quand je rentrais chez moi à Paris, quand je reconnaissais les moindres recoins du trajet à mesure que je m'approchais de la maison, elle, elle n'est pas encore là.

Cinq ans d'Alyah, c'est la difficile aventure sociale, j'ai été accueilli par la famille, j'ai renoué les liens avec ma sœur, j'ai vu naître deux neveux sabras, mais j'ai mis du temps à trouver des amis, ils se comptent sur le doigt d'une main.

C'est aussi le début de l'apprentissage de l'arabe parlé, c'est une des choses que je me suis promise en arrivant ici. Après l'apprentissage de l'hébreu, j'apprendrai l'arabe (l'autre c'est de traduire le livre de mon grand-père en hébreu). Etre à l'affut de tout ce que Jérusalem peut offrir comme évènement d'art contemporain (et il y en a de plus en plus).

C'est les allers-retours à Paris, essayer de jongler entre les rendez-vous avec les grand-parents, les amis, les neveux, les cousins, essayer de faire que chaque minute avec eux compte et de pouvoir les voir tous. Répondre à la question "pourquoi tu es partie ?" et devoir dire "au-revoir". Dire au-revoir à mes grand-parents en pensant à chaque fois que c'est peut être la dernière fois. Pendant ces cinq ans, j'ai perdu ma grand-mère, puis mon grand-père.

Venir spécialement pour fêter les mariages des amies en faisant le grand écart avec ma religion parce que l'amitié ici bas est plus forte, ou devoir leur dire que je ne serais pas là pour fêter ça.

Fêter de nombreux mariages, naissances et bar-mitsvot en Israël alors que je suis une lointaine cousine qui ne connaît pas encore toute ma grand famille.

Voir la France sombrer petit à petit, victime du terrorisme islamique, qu'il faut nommer. Les terroristes islamistes ont commencé par tuer des militaires, puis des juifs, des figures de la liberté d'expression, des policiers, puis ont ciblé des Eglises (attentat déjoué). Maintenant, tous les remparts sont détruits, c'est le monsieur tout le monde qui est visé.

Se poser la question, où je vais passer shabat quand mes parents sont en France, être souvent seule les vendredis soir et/ou samedi midi mais recevoir trois invitations la même semaine et devoir dire non à deux d'entre elles. Apprendre à appeler pour se faire inviter, apprendre à ne jamais avoir de rendez-vous fixé de façon ferme plus de deux heures en avance, car on comprend finalement que oui, tout peut arriver ici et que c'est difficile de planifier. 

Apprendre à prendre du recul, même quand on se fait cambrioler, à se demander quand c'est la guerre où est l'abri le plus proche.

Aller à l'enterrement de son cousin, Shalom Yohaï Cherki, 26ans, fils du cousin germain de ma mère, assassiné dans un attentat à la voiture bélier le soir de yom hashoah, le 15 avril 2015. Et être meurtrie au plus profond de son être en écoutant son père et ses frères. Puis aller aux cours en sa mémoire même si je ne le connaissais pas personnellement. Je ne pense pas que quoi que ce soit puisse réconforter une telle souffrance.

Il y a cinq ans, penser naïvement que chaque attentat, chaque mort sera le dernier puis finir par intégrer l'idée qu'il y en aura d'autres inévitablement. Comprendre alors le sentiment des israéliens de vouloir habiter ailleurs et ne plus s'étonner de leur réflexion (un peu schématisée pour l'occasion) "mais qu'est ce que tu es venue faire ici, je n'ai qu'un rêve c'est de partir". Comprendre que si on ne vit pas ici, on ne peut pas comprendre ce que cela veut dire (c'est comme être parent, pas possible de comprendre sans le vivre).

Aller voter, deux fois. Entendre la démocratie israélienne, les combats des éthiopiens contre le racisme, des homosexuels pour leur droits, des yémenites pour la reconnaissance de l'état sur sa responsabilité dans l'enlèvement de leurs enfants, les inégalités, les fossés qui séparent les haredims du reste de la population. Entendre aussi la solidarité des gens car tout n'est pas noire non plus. Comprendre qu'une vision politique européenne occidentale ne peut peut être pas s'appliquer au Moyen-Orient où culture et religion sont autres.  

Plus j'écris, plus j'ai des ressentis à partager mais ce post déjà bien long serait interminable alors je termine en me demandant quoi me souhaiter pour les cinq prochaines années ? Aller, me sentir chez moi et fonder un foyer ici, en Israël.

vendredi 14 août 2015

Ouria Tadmor, photographe de rue

             Ouria Tadmor, photographe de rue habite et travaille à Jérusalem. Il travaille pour la presse et mène des projets personnels en parallèle. J'ai découvert son travail il y a peu au détour d'une exposition à Jérusalem, le festival "Toolbox" au cours duquel il présentait son premier livre de photographie : "Transit Jerusalem".


Extrait de "Transit Jerusalem"
       
   

       J'ai été tout de suite émue par ses photos. Il est vrai que le sujet lui même me touche particulièrement me déplaçant uniquement à pieds ou en transport en communs à Jérusalem, mais ce n'est pas seulement pour cela. Les photos d'Ouria Tadmor sont empreintes d'humanité et de questionnements. La sincérité de son travail monumental bouleverse. Pour une petite cinquantaine de photo présentées dans le livre, Ouria avait à choisir parmi 2 000 clichés qu'il a pris pendant 6 ans. Six ans à arpenter les stations, voyager et photographier dans les bus ou les tramway.

Ce sont des moments pris dans l'instant, l’œil du photographe accroche un regard, un mouvement de bus, une attitude. Ces nombreux éléments et effets visuels rythment ses photos. Les contrastes flous/nets, les lignes qui s'entrecroisent mais qui sont parfaitement droites, les jeux de réflexions des personnages, à travers les vitres et les miroirs, sont si bien orchestrés qu'on se laisse porter sans chercher à les comprendre. Car c'est finalement ainsi qu'il faut regarder les photos d'Ouria Tadmor, se laisser porter et se balader dans ses photos qui réservent des découvertes et étonnements qui ne peuvent être décelés au premier coup d’œil. L'artiste nous entraîne dans sa photo et c'est en s'y plongeant un long instant que l'on découvre peu à peu toutes ses surprises.

La démarche d'Ouria c'est de photographier Jérusalem dans sa simplicité, dans sa routine, dans sa banalité. Capter les hiérosolomytains dans leur quotidien, leurs courses au marché, leurs trajets vers leurs lieu de travail...Il recherche ainsi l'anti-exceptionnel devant l'exceptionnel de cette ville. Une question se pose alors, quelle est l'influence de la ville sur ses habitants ? Ces regards, ces attitudes, ces personnages auraient-ils été différents s'ils avaient habité dans une autre ville ? Ce qui m'a amené à me poser cette question à laquelle je n'avais jusqu'à présent pas répondu, pourquoi est ce que j'habite à Jérusalem ?...

Ouria explique également qu'il se tient à distance du conflit qui pèse sur la ville, qu'il ne veut pas le voir, ne pas l'entendre, ne veut pas le photographier. Mais il est difficile d'y échapper...Il me semble que "le conflit" le rattrape malgré lui. Le choix du tramway n'est pas anodin, il est un axe qui traverse et qui s'arrête dans des quartiers juifs et arabe et on y retrouve toutes les couleurs de Jérusalem. Mais il me semble que même si ce n'est pas le but de son livre, tous ces efforts pour fermer les yeux sont vains, c'est bien Jérusalem qu'il a photographié, ses habitants, leurs diversités et leurs oppositions.

*Festival Tools box, rouah hadacha...les jeunes de Jérusalem construisent Jérusalem. Leur site web, cliquez ici

vendredi 9 janvier 2015

Un cri, des pleurs, des crayons, debout

J'ai crié, j'ai pleuré, pleuré. 
Il y a un triste sentiment de déjà vu, déjà vu en 2012 à Toulouse, déjà vu à Bruxelles, déjà vu le massacre des chrétiens d'orient, déjà vu le massacre des yazidis, déjà vu...
Mais là la France se réveille...comment on appelle cela déjà, l'émotion est plus intense quand les morts sont proches de nous...
Le slogan, "je suis charlie", a été repris par tous, oui, nous sommes tous charlie. En hébreu, charlie, s'écrit, שארלי, c'est l'anagramme d'Israël, ישראל. Les lettres hébreux ont également valeur numérique, ainsi les deux mots ont même valeur numérique, un signe ? Je me permets de penser que ce sont deux remparts, les juifs sont comme Charlie Hebdo au regard de ces fanatiques, des remparts. C'est pour cela, qu'ils les tuent en premier. Oui, la guerre a commencé.


jeudi 6 novembre 2014

Juifs français, français juifs

     Beaucoup de pensées s'entremêlent ses derniers jours, c'est un peu une constante chez moi, les mains travaillent et transforment la matière et les pensées tournoient. En Israël, ce sont les attaques terroristes répétées à Jérusalem. Il faut comprendre que cela fait déjà plusieurs mois que des pierres, des coktails molotov et autres pétards sont lancés sur des juifs, que le tramway et des voitures particuilères sont quotidiennement attaqués, essentiellement dans les quartiers où juifs et arabes vivent juxtaposés. Et l'escalade ne s'arrête pas, hier deux attentats. Cette même journée d'hier qui commémorait le jour de l'assassinat d'Isthak Rabin, 19 ans, déjà, et depuis rien voire pire.
Et hier aussi, je découvre sur akadem la retransmission du colloque consacré à mon grand-père, Jacques Lazarus, (à voir sur ce lien : http://akadem.org/sommaire/themes/histoire/shoah/la-resistance-juive/jacques-lazarus-du-maquis-a-l-algerie-28-10-2014-64166_97.php), le regarder et écouter les témoignages m'a beaucoup ému. Il nous manque.

    A la fin du colloque, l'historien André Kaspi a résumé son identité en ces termes, disant qu'il incarnait une certaine catégorie de juifs français "ce n'est pas parcequ'ils sont français qu'ils doivent oublier d'être juif et ce n'est pas parcequ'ils sont juifs qu'ils doivent oublier d'être français". Je trouve cette définition admirable, synthèse extrêmement pertinente de ce qu'il pensait. Car mon grand-père a été élevé dans une famille juive alsacienne, a servi dans l'armée française puis radié parceque juif. Lorsqu'il décide d'entrer en Résistance, il choisit la Résistance Juive, l'Armée Juive qui était aussi une organisation sioniste. Comme le dit Kaspi, les noyaux de Résistance étaient très diversifiés, il aurait pu être avec les FFI, comme a choisit sa soeur, Denise Ducas. Denise était aussi résistante, elle avait le rôle de "boite aux lettres". Arrêtée en aout 44, elle a été torturée jusqu'à la libération de Saint-Etienne par les FFI. Il aurait pu choisir un mouvement juif mais non sioniste également.

      Depuis que j'ai moi même décidé de vivre en Israël, je me suis toujours demandée pourquoi lui, si sioniste n'avait jamais fait ce pas, lui qui a justement vécu le statut des juifs en France. Je pense que ma grand-mère aurait été heureuse d'y vivre. De très nombreux camarades de Résistance sont partis après la guerre, mais pas lui, non, il est resté profondément fidèle à la France et aux communautés de diaspora juives en Algérie puis à Paris. Je me rappellerai toujours ce jour d'août 2011, où je vins dire un au-revoir à mes grands-parents avant de m'envoler pour Israël. Je l'ai rencontré à l'entrée du square, marchant avec son déambulateur, faisant sa promenade quotidienne malgré le mauvais temps. Je lui dit que dans quelques jours, je partais pour Israël, et là il me répondis, avec un air affirmé, "tu as raison, tu as tout à fait raison". C'était certainement un avenir qu'il considérait comme bon pour moi mais qui ne lui correspondait pas. Je suis partie sur une intuition, dans mon adolescence, j'ai construit mon identité française et juive. Mais j'avais l'intime conviction que le moment venu, lorsque la vague de l'antisémitisme reviendra, ils oublieront que nous sommes français, et nous rappellerons que nous sommes juifs. Je suis triste aujourd'hui d'avoir eu raison. Encore plus triste et bouleversée d'apprendre, hier (encore hier), que mon frère fait parti maintenant d'un programme de parents d'élèves pour protéger les enfants scolarisés dans les écoles juives. Le quotidien reprend toujours le dessus pour nous, mais Toulouse en mars 2012 a bien eu lieu, dans une école. Là, on comprend que nos enfants ne sont pas en sécurité, en France, alors les parents prennent la responsabilité de les protéger...

vendredi 22 août 2014

"Je te souhaite de ne jamais avoir à pleurer pour d'autres raisons"

       Je suis de nature très émotive, et lorsque les émotions me submergent, que je n'arrive pas à la contenir alors je me mets à pleurer. C'est arrivé, il y a un an lorsque de multiples choses contrariantes se sont déroulées en même temps dans ma vie personnelle et je n'ai pas réussi à gérer et à prendre du recul. Ce jour là, mon manager, m'a dit cette phrase. Sur le moment, forcément j'étais très en colère. Ce n'est que ce dernier mois que j'ai compris cette phrase.

     J'étais en Israël, pendant la deuxième guerre du Liban en été 2006, j'étais alors une touriste qui venait faire un programme d'été à l'université de Jérusalem. Je me souviens que je lisais les journaux en anglais, les roquettes tombaient sur le nord du pays, les soldats tombés au combat. J'étais somme toute en vacances, et joyeuse de fêter le mariage de ma soeur (israélienne depuis longtemps déjà). J'étais loin de la réalité, je n'écoutais pas la radio en hébreu, ne lisais pas la presse en hébreu, j'allais rentrer en France quelques semaines plus tard, suivre de loin les évènements. Aujourd'hui, c'est différent. Je comprends tout (enfin presque).

     Je fais partie des privilégiés qui n'habitent pas dans le Sud ou à Tel-Aviv, qui n'avais pas de frère ou de père qui est parti au combat, qui ne vis pas à Gaza. Je ne fais qu'écouter les informations et me réfugier dans la cage d'escalier quand j'entends un sirène. Mais ô combien, j'aimerais que ce que je vis soit juste un cauchemard. J'entrevois aujourd'hui l'horreur de la guerre. Cette année, plus que toute les autres, la sirène du souvenir le jour de yom hazikaron, aura un sens encore plus fort. Car ils ont sacrifié leur vie pour moi. Car lorsque tout sera terminé, car oui, il y aura une fin à cette mission, toute chose a une fin. Lorsque nous reviendrons à une période de calme, que la routine reprendra le dessus, les familles des soldats morts au combat, des civils tués par les roquettes, les bléssés, eux seront meurtris toute leur vie. C'est cette pensée qui me poursuit depuis la mort du premier soldat. Une mère ne devrait pas avoir à enterrer ses enfants.

    Encore une fois, je ne rentrerais pas dans des considérations politiques, d'autres le font beaucoup mieux que moi. Ces mots peuvent paraître très naifs, et ils le sont, car j'ai eu la chance de vivre dans un pays en paix pendant 30 ans, qui voyait la guerre à la télévision, de loin, guerre pour moi virtuel. Mes soucis quotidiens paraissent aujourd'hui bien dérisoires.