mercredi 1 janvier 2014

Master Chef Israël

      Master Chef ca existe aussi en Israël...je me suis fais plaisir en visionnant tous les épisodes de la denière saison. Et voilà que je me retrouve face à une belle salade composée de la société israélienne et puis bien sûre des plats qui font envie car la plupart sont casher.

    Master chef en Israël, c'est bien sûr une télé-réalité avec la mise en scène qui doit aller avec pour faire monter le suspens et nous fabriquer des sensations. Certainement qu'il faudrait que j'ai plus de recul mais je dois dire que j'ai été conquise. La rencontre virtuelle avec tous les candidats m'a beaucoup émue. Rien qu'à mettre bout à bout le petit descriptif de leur histoire, on se dit qu'Israël est vraiment unique. Voilà qu'on retrouve dans l'équipe finale une végétalienne de 30 ans naturopathe de gauche, une sioniste religieuse qui habite dans un village de caravane en cisjordanie mère de 2 enfants à 24 ans, une infirmière arabe israélienne musulmane portant le tchador qui est extrèmement doué, ouverte et qui parle un hébreu parfait, elle arrivera en 2nd position, un père de famille qui a été le dernier soldat blessé au Liban avant le retrait en 2000 et qui a frôlé la mort, la fille dont les parents, l'oncle et la tante, ont été assassiné par un terroriste il y a environ un an et demi sur la route d'Eilat, une française de champagne-ardenne qui est venue en Israël  par amour, une haredite marocaine, mère de deux enfants et deuxième d'une fraterie de 14 enfants, un allemand catholique qui s'est converti au judaïsme et qui a fait son alyah, il est le vainqueur de la saison. Et par dessus tout cela, chacun arrive avec ses origines (française, vénézueliennes, marocaines, irakiennes, georgiennes...) ou encore ses souvenirs de voyages en Asie ce qui bien sûr se reflète sur chacun des plats qui seront préparés.

    Les 8 derniers ont eu la chance de partir à l'étranger, en Israël, voyager est un luxe que peu de familles peuvent s'offrir mais dont tout le monde rêve, les israéliens ont pour la plupart un besoin de respirer ailleurs. Bref, c'était beau de les voir s'exciter devant ce voyage de deux jours qui les a mené en Georgie, France, Italie et Hongrie. Ces pays n'ont pas été choisis par hasard mais parce que dans chacun d'eux subsiste une communauté juive chez laquelle ils ont été accueillis pour cuisiner, à la recherche de la "cuisine juive" en quelque sorte. D'un point de vue technique, ma première réaction, a été "wow mais y'a beaucoup de friture". Après il est aussi intéressant de voir comment les candidats se comportent par rapport à la casherout. Bien qu'il n'y ait pas de denrées non casher dans le garde manger, certains mélangent beurre et viande quand d'autres s'appliquent à rendre casher au chalumeau leur ustensiles de cuisine au début de chaque épreuve pour pouvoir au moins goûter à leur plat.
Il y a eu aussi une épreuve typique isralienne dont l'ingrédient de base était des "ptitim". Ce sont des minuscules pates rondes qui ont initiées par Ben Gurion après la guerre d'indépendance pour remplacer le riz qui était très rare. D'après les candidats chacun a sa façon de préparer les ptitim ce qui a mis fort en désarroi le candidat d'origine germanique qui lui n'en avait presque jamais mangé de sa vie. Enfin finalement pas tant que cela car il a gagné l'épreuve !
Au final on retrouve aussi les israéliens dans leur chaleur humaine, l'entraide même au coeur de la compétition, les hug...
Tout cela m'a mis en appétit pour la saison 4 qui commence ce soir !

samedi 24 novembre 2012

Le jour où j'ai compris pourquoi, en Israël, tout le monde veut rentrer en politique

L'opération "Pillier de défense" est terminée. Juste pour info d'ailleurs, la vraie traduction de l'hébreu c'est plutôt "colonne de nuée" (Amoud Anan). Ce terme vient de la bible. Il désigne les colonnes de nuées qui guidaient et protégeaient les hébreux dans le désert après la sortie d'Egypte (nuées remplacées par du feu la nuit).
J'étais à Jérusalem, j'ai donc vécu (que) deux alertes. La première vendredi dernier. Première réaction, écouter attentivement, distinguer ce son de tous les autres, sirène de chabbat, sirène d'ambulance, non c'est bien une sirène comme celle qu'on entend en France à 12h les premiers mercredi du mois. Seconde réaction : "oh my god, oh my god, oh my god", de l'anglais ! étrange, peut être que c'est à force de voir des séries américaines.
Une deuxième alerte dans le courant de la semaine, je suis au travail, il y a peu de risque, avec tout l'or et les pierres précieuses que contiennent ce bâtiment, c'est déjà un bunker.
Pendant ce temps, on écoute la radio en permanence, on entend sans arrêt les annonces "tseva adom" (alerte rouge) dans le sud au milieu des conversations radiophoniques qui reprennent ensuite comme si de rien était, c'est déjà la routine.
Et mardi dernier attentat à Tel-Aviv, ma soeur et sa famille y habitent, ils vont bien.
Dès vendredi dernier, Tsahal a mobilisé des dizaines de milliers de réservistes, nous pensons tous alors que l'opération aérienne deviendra terrestre sous peu. Mais finalement Hilary Clinton arrive mercredi et c'est le cessez-le-feu. Personnellement, j'ai rien compris. Et je ne rentrerai pas dans une analyse de la situation car beaucoup le font bien mieux que moi. Juste dire que je me suis sentie complètement impuissante, comme un pion qui ne peut influencer sur sa destinée décidée par des personnes haut placées. Car je suis convaincue que le début de cette opération et sa fin ont été stratégiquement calculées. Je ne dis pas qu'Israël, n'a pas le droit de riposter aux attaques contre son territoire, je dis juste qu'il y a un timing qui a été réfléchi et respecté et que des décisions ont été prises pour des raisons que nous ignorons nous, commun des mortels israélien. Car les roquettes sur Israël n'ont pas cessées pendant l'année 2012 (mais ça c'est pas via les journaux français qu'on peut le savoir) et parce que le chef du Hamas qui a été tué au début de l'opération était bien connu de tous et aurait pu être tué depuis longtemps, alors pourquoi maintenant ?
Quand j'étais en France, j'ai toujours soutenu Israël en gardant mes distances, en disant je ne suis pas israélienne, je suis française, je ne vote pas en Israël. Maintenant je suis israélienne, je vais pouvoir voter bientôt ! mais j'ai comme l'impression que même si je vote pour l'un ou pour l'autre au final, il y a des enjeux et des décisions qui sont prises en haut et que je ne peux pas y faire grand chose. Alors j'ai compris pourquoi tout le monde ici veut un jour ou l'autre rentrer en politique. Parce que la politique ici, elle ne débat sur pour ou contre le mariage homosexuel, mais pour ou contre entrer en guerre. Et alors la réalité devient tout autre.

PS : je suis POUR le mariage homosexuel !!

vendredi 27 janvier 2012

Boulot

J'ai trouvé du travail ! Après 4 mois d'hébreu intensif, j'ai (re)sauté dans le grand bain de la vie professionnelle, enfin ! C'est dans un grand atelier/usine de fabrication de bijoux qui se trouve à la sortie de Jérusalem (donc pas besoin de déménager!).
J'ai eu mon job par la voie israélienne classique, "je connaissais quelqu'un qui connaissait quelqu'un". En l'occurrence, c'était ma colloc qui travaillait là-bas depuis deux mois et qui a décidé de démissionné parce que travailler toute la journée assise à l'établi ne lui convenait pas.
Alors j'ai pris mon courage à deux mains et à deux pieds, et je me suis lancée dans une candidature en hébreu dans le texte. Bref, premier contact téléphonique, deux entretiens, présentation de mon travail, et en une semaine, j'étais embauchée. Le salaire est pas franchement pas très haut, pour dire vrai, je gagne à peu près en shekels ce que je gagnais en euros chez Deloitte - soit 5 fois moins, mais c'est un début et c'était une opportunité que je ne pouvais me permettre de laisser passer.
Les acquis sociaux en Israël sont franchement bien en retard par rapport à la France, droit à une journée de congés par mois (soit 12 au total) et mon plein temps c'est ...42,25h. De 7h du matin à 16h30 avec en tout 3/4 d'heures de pause.
Je m'habitue peu à peu à ce travail, j'apprends à fabriquer leur collection de cire et puis, j'essaie de me faire à la vie d'ouvrier, ce qui change quelque peu de la vie de cadre...et oui, il faut pointer.
Ils travaillent la cire d'une façon un peu différente, beaucoup par construction (ajout de cire fondue) plus que par déconstruction (limer/enlever de la matière), et la plupart de leur travaux se fait avec des grosses fraises cylindriques (genre de très grosses fraises fissures). Mon chef de service a appris tout seul alors il a ses propres techniques. J'en ressens d'ailleurs une gène, car ils font souvent la comparaison "tu as appris/j'ai appris tout seul" alors pour l'instant, il est pas vraiment bienvenue que j'applique les techniques que j'ai apprises, j'essaie de montrer pâtes blanche, parce que si j'utilise mes techniques je me fais limite engueuler genre "ici on fait différemment".

Voilà que je suis au coeur de la classe moyenne, populaire israélienne. Beaucoup d'ouvriers sont immigrants (plus ou moins nouveaux) et cela se ressent énormément. Le midi, les gens mangent par affinités, et par langue maternelle, les russes avec les russes, les éthiopiens avec les éthiopiens, les religieux avec les religieux, fumeurs avec fumeurs, moi pour l'instant je mange toute seule, et je m'en porte pas trop mal. Les comparaisons entre les avantages financiers reçus par les différentes communautés lors de leur alyah alimentent les rancunes, les commentaires sur les origines de chacun sont monnaies courantes. Evidemment tout ceci me rend malade...je ne suis pas venue en Israël pour entendre et ce genre de discrimination, ca m'enerve vraiment. Preuve que le racisme et l'intolérance est un défaut profondément humain.
En ce moment, à chaque fois que je rencontre quelqu'un de nouveau, il me pose deux questions : Est ce que je suis religieuse ? Et quelles sont les origines de mes parents ? 
Parce que je crois que j'ai tendance à brouiller les pistes, apparemment je m'habille parfois comme une religieuse (et oui, en Israël, on peut identifier le degré de religiosité de qqn par sa tenue vestimentaire...) et que j'ai une tête d'une ashkenaze alors que je suis sépharade, rajouter à cela j'ai trente ans et que j'en paraît 22, ca doit en dérouter plus d'un, et finalement, ca me plaît bien.
Alors voilà, c'est décidé la prochaine fois qu'on me pose ces questions (qui sont de l'ordre de l'intime et du privé) à mon sens, je réponds, "je suis juive ! ca te pose un problème ?".  


mardi 1 novembre 2011

Auto-portrait de bijoutière

Je retranscris ici mon portrait qui est paru dans le blog de mon école, voilà comme vous pouvez en savoir un peu sur moi et mes bijoux !

http://afedapschoolblog.wordpress.com/2011/10/31/portrait-judith-sitbon/


Comment tu es arrivée au bijou ? Pourquoi ?

Depuis adolescente, j’assemblais des bijoux en perle. J’aimais beaucoup les travaux manuels, bijoux, tricots, couture, broderie, j’aimais donner corps aux matériaux. Mais dans ma famille, le travail intellectuel prédominait sur le travail manuel. Ainsi, même si l’envie de transformer ce loisir en métier était présent depuis fort longtemps, il m’a fallu un peu de temps, de recul (et d’économies !) avant de sauter le pas.
Les bijoux sont pour moi un moyen d’expression et une mémoire portable. Le bijoutier qui les dessine et leur donne vie offre « sa vision du monde » à travers ces sculptures portables. Le porteur, lui, porte sur son corps, un souvenir d’un instant, d’une période, d’un choix, correspondant au moment où il a acquis et porté le bijou pour la première fois.

Quel a été ton parcours avant d’arriver à l’AFEDAP, pourquoi avoir choisi cette école ?

J’ai suivi une formation d’ingénieur et puis j’ai travaillé quatre ans et demi dans un cabinet de conseil renommé. J’assistais les directions financières dans leur processus comptables et financiers. Ce travail bien que très intéressant en soi et très « challengeant » ne m’épanouissait pas vraiment. J’avais envie de faire fonctionner et la tête et les mains ! une main et un cerveau c’était le slogan que j’avais lu sur la plaquette de l’AFEDAP... La décision de quitter mon travail ne s’est pas faite en un jour, la réflexion a duré deux ans, visites des portes ouvertes des écoles de bijouterie, rencontre avec un bijoutier, découverte de galerie. Je ne savais pas encore dans quoi exactement je m’engageais mais j’avais ressenti qu’à l’AFEDAP je pourrais à la fois apprendre techniques et processus de création. J’avais été impressionnée lors des portes ouvertes par les diversités de propositions des élèves partant des mêmes consignes d’exercices. Cet équilibre entre apprentissage rigoureux des techniques et accompagnement de l’élève dans ses propres recherches m’a beaucoup plu.

Qu’as-tu découvert lors de ta formation ?

Les soudures ! Ca c’est pour la technique, mais en réalité de façon plus profonde, j’ai découvert le bijou contemporain et entrevue ce qu’était la création. J’ai repoussé certaines limites. Je citerai par exemple un cours/débat que nous avons eu en deuxième année avec Patricia Lemaire, en charge de la section créa. La question était « qu’est-ce qu’une bague ». Au début du cours, je nageais tranquillement dans une piscine, avec ma définition bien claire de ce qu’était une bague, à la fin j’étais au milieu de l’océan loin de tous continents ! 
Nous avions ensemble, stagiaires et professeurs, ouverts des horizons nouveaux.

Quel est le bijou que tu portes ?

Je porte depuis une dizaine d’années, deux bracelets d’Algérie hérités via ma mère d’une d’une arrière-grand-mère de sa famille. Il en avait 7 au départ et ensemble ils formaient un « semainier ». Je porte rarement autre chose. C’est peut être un comble pour un bijoutier, on me demande souvent pourquoi, mais je porte très peu de bijoux.

Que fais-tu aujourd’hui ?

Il y a plusieurs années alors que je travaillais encore dans le conseil, j’avais décidé de faire des bijoux une profession mais aussi d’émigrer en Israël. Afin de m’aider dans ma transition et de connaître un peu l’environnement « bijou » en Israël, j’ai étudié pendant un an, après l’AFEDAP, dans le département bijoux et mode de Bezalel, l’académie d’art et design de Jérusalem. Aujourd’hui, j’habite toujours à Jérusalem, je réalise mes propres pièces et je recherche un poste chez un bijoutier.


Liberté, 2010
Pendentif
Maillechort, cuivre

mardi 18 octobre 2011

Guilad est rentré à la maison

Voilà depuis longtemps que je n'ai pas repris l'écriture de ce blog. En quelques mots, quelques nouvelles d'abord. Je suis officiellement israélienne depuis le 29 août 2011 ! Je dirais plutôt franco-israélienne, acquérir la nationalité israélienne ne veut pas dire renier la nationalité française...
J'avais prévu comme premier post de parler de tous les petits débords de nouvelle immigrante, la confrontation avec les services administratifs israéliens, les fêtes, le lieu où je vis (Jérusalem) mais tout ceci viendra peut être un peu plus tard.

Non, aujourd'hui fut un jour excessivement émouvant, Guilad Shalit soldat enlevé en juin 2006 par le Hamas vient d'être libéré et de rentrer chez lui auprès de sa famille à Mitzpé Ilah, un village du nord d'Israël après 5 ans et quatre mois de captivité. Cette libération est un échange entre un soldat otage des forces du hamas et un peu plus de 1 000 prisonniers palestiniens dont un certains nombre sont directement impliqués dans de nombreux attentats suicides. Cette décision de libérer des prisonniers avec du sang sur les mains n'est pas simple à prendre car les statistiques le disent et ils le disent eux même, ils recommenceront... Face aux familles des victimes que dire ? Face aux parents de Guilad Shalit que dire ? Mais c'est la réalité d'Israël, difficile d'imaginer ce qu'il adviendra dans les jours ou mois qui viennent, mais pour une fois, vivons dans l'instant, Guilad est encore en vie.


J'ai été donc, comme beaucoup d'israéliens, radio allumée toute la matinée pour suivre son retour et espérer que tout se passe bien. Je comprends mieux l'hébreu aujourd'hui donc j'ai pu suivre les infos sur la radio israélienne, recoupée avec les journaux israéliens en anglais et aussi je vérifiais sur le site du monde si en parlait aussi (?). La télévision égyptienne l'a interviewé avant qu'il reparte en Israël, je dois dire que j'étais en colère de voir qu'il était ainsi interviewé au sortir de sa captivité, comme un sportif qui vient de gagner Roland-Garros, cet intention m'a choqué. Mais, quelle sagesse dans la manière dont il a répondu aux questions des journalistes ! A la question, que pensez-vous des milliers de prisonniers qui sont encore dans les prisons israéliennes, il répond : "je serais heureux si les prisonniers palestiniens détenus en Israël soient libérés s'ils ne reviennent pas attaquer Israël" (je l'ai entendu en live, dans le texte). Mais il faut croire que cette réponse ne satisfait pas les journalistes de l'AFP et Reuters...Car voici ce que je lis, à ma grande stupeur, sur lemonde.fr, "Gilad Shalit, lui, s'est déclaré en faveur de la libération des derniers prisonniers palestiniens détenus en Israel. "Je serais très content s'ils étaient relâchés et pouvaient retrouver leurs familles et leurs terres", a-t-il déclaré, sans amertume aucune." Mais quels sont ces journalistes qui d'une part extraient des morceaux de phrases, et d'autres part, se permettent de supposer d'un sentiment ? Ce n'est même pas un problème de point de vue c'est de la désinformation pure ! 

Je n'aime pas quand les gens de ma classe d'Oulpan clament haut et fort, "tout le monde est contre Israël", "tout le monde nous déteste", parce que cela implique une victimisation d'Israël qui me dérange mais d'une part cet article me pose question et d'autre part, je peux leur dire que non, certains aiment Israël et le clament haut et fort aussi :-) 
En effet, tous les ans, a lieu un défilé à Jérusalem pendant la fête de Souccot. Des organisations israéliennes et des sociétés (banques, electricité, téléphone) défilent en chantant et dansant ainsi que des chrétiens du monde entier. Quel émotion et sentiment bizarre que de voir des gens de tous les pays du monde, un peu comme aux Jeux Olympiques, défiler avec drapeaux et banderoles de leur pays, clamant "We love Israël" !! Ils défilent en habits traditionnels et voilà une autre vision surprenant d'un thaïlandais tout de rouge vêtu sonnant du Shofar !!

dimanche 27 mars 2011

Attentat

Mercredi dernier, 23 mars, j'avais décidé de passer un peu de temps dans Jerusalem. Découvrir la ville sans vraiment d'objectifs précis, se laisser guider par son intuition. Après quelques détours, je retourne au centre culturel français, le centre Romain Gary qui est situé dans le quartier de la municipalité pas très loin de la vieille ville.
Plongée dans mes livres, j'entends les sirènes, je les remarque comme chaque fois que je les entends depuis que je suis ici, mais je ne perçois pas que cette fois leur nombre est inhabituel. Quelques secondes plus tard, une jeune femme dans la bibliothèque et dit "vous avez entendu ? Il y a eu un attentat à la gare centrale". Tristesse et peur mélée s'emparent de moi.
Juste le temps d'envoyer quelques sms pour prévenir que je vais bien et tous les réseaux téléphoniques sont brouillés. Seul internet fonctionne.

Je panique, j'ai peur, je pleure, je marche vers le centre ville pour rentrer chez moi au plus vite. Je décide de prendre le bus pour rentrer, parce qu'après remonter dans un bus ca sera encore plus dur. Quand je monte dans le bus, je scrute anormalement tous les passagers. Mon regarde s'attarde malgré moi sur les visages arabes, j'en ai honte mais je ne peux détourner mon regard.

Quand j'apprenais qu'il y avait eu un attentat en France, j'étais triste, solidaire mais cela restait tout de même loin de moi malgré tout. Là, c'est mon corps qui réagit. Je ressens cette peur, le fait que ca peut sauter partour à tout moment mais qu'il faut continuer à vivre. Terrorisme aveugle. L'attentat a tué une femme de 59 ans, une anglaise et a fait des dizaines de blessés dont 3 sérieux. Deux des filles de mon groupe étaient sur le trottoir d'en face.

Je ne me sens pas du tout invicible, je ne prierais pas Dieu pour qu'il me protège, je ne pense pas que rien ne pourras m'arriver. Mais j'essaie d'oublier, j'essaie de repenser aux jours d'avant où je n'avais pas peur.



dimanche 20 mars 2011

Une histoire de bus

Vendredi dernier, bus n°4. Ce bus m’amène vers le centre-ville et passe par un des quartiers ultra-orthodoxe de Jérusalem, Méa Shéarim. Je portai un haut débardeur mais comme je vais passer chabat chez ma grand-tante et que je risque d’y rencontrer des cousins aussi très religieux, je prends soin de mettre un tee-shirt en dessous du débardeur qui couvre les épaules.
Revenir aux racines...
Et là, une femme Haredi assise à côté de moi, m’interpelle et me dis (en hébreu) « 90% des personnes de ce bus sont religieux (Dati) » moi, « oui et alors ? ». « Alors tu devrais couvrir tes bras jusqu’aux poignets » me répond-t-elle, moi « non, je m’habille comme je veux ». Mais elle n’en démord pas, « 90% des gens dans ce bus sont religieux ». Alors dans mon hébreu primaire, j’essaie d’expliquer ce que je ressens. Ils sont en train de bâtir des murs entre les juifs. Elle me dit : « tu es laïque », non, « tu es religieuse », non, « tu respectes chabat », non, alors t’es quoi ? Quelque part entre les deux, et visiblement ça pose problème. « Tes parents étaient religieux ? », non, « tes grands-parents alors ? », non (enfin pour dire vrai, oui d’un côté), mes arrière-grand-parents étaient religieux. Ah voilà, son visage s’éclaircit, « nous voulons revenir aux racines », me dit-elle.
Homme nouveau…
La semaine dernière je parlais avec un laïc, sioniste, la conversation étaient en anglais, j’en rapporte ce que j’ai ressenti. Je lui demande, comment peut-on être sioniste sans « rien faire », comment peut-on avoir le sentiment qu’il faut alors vivre en Israël ? Si ce n’est pas pour vivre son judaïsme, pourquoi ne pas vivre ailleurs ? Il me répond que les sionistes avaient l’idée d’un juif nouveau. Mais je comprend pas, alors il me dit, tu sais les juifs ne sont pas totalement en sécurité ailleurs qu’en Israël, en France là où tu vis, tu ne peux pas nier qu’il n’y a pas d’antisémitisme. Non, je ne peux pas nier, le meurtre d’Ilan Halimi était clairement antisémite. Mais alors, fait isolé ? Antisémitisme latent ? Comment puis-je savoir ? Nous avons peur. La Shoah est dans notre conscience collective, Israël est la réponse à cette peur, si je suis en Israël c'est donc que je participe physiquement à l’existence de ce pays, je participe à un bouclier contre l’antisémitisme. Mais cette peur m’inquiète, me pose question, elle est par définition non raisonnée.
Et puis, aussi je réfléchis aux laïcs, et je me dis ils ne respectent aucune règle religieuse et pire, ils sont ignorants du judaïsme. Oui, mais ils se déguisent à Pourim, font un repas qui rassemble famille et amis le vendredi soir, le soir de Roch Achana ou de Pessah, même s’ils ne jeûnent pas, ne prient pas, regardent la télé le jour de Yom Kippour, ce jour reste un jour spécial, différent des autres pour eux. Finalement, un juif même laïc qui vit en Israël garde une trace du judaïsme, même si c’est malgré lui parfois.
Ca me rappelle l’histoire du gigot coupé. Une fille demande à sa mère, pourquoi tu coupes les bouts du gigot avant de le mettre dans le four ? La mère, je ne sais pas mais ma mère faisait comme ça…Je vais demander pourquoi à ma mère. Sa mère ne sait pas, alors elle demande à l’arrière-grand-mère…Et son arrière-grand-mère lui dit, à l’époque, j’étais obligé de couper mon gigot pour qu’il rentre dans mon four !
Alors, homme nouveau ou retour aux racines ? Les deux visions d’Israël se côtoient aujourd’hui mais pourquoi combien de temps encore ?